ICIA
Manifeste
L'ICIA est né d'un constat simple et d'une exigence radicale : l'intelligence artificielle ne peut pas rester la chose de quelques-uns. Ni la propriété exclusive des grandes firmes technologiques, ni le monopole d'une élite académique déconnectée du réel. Ce manifeste est notre contrat avec le monde.
Il engage ce que nous sommes, ce que nous refusons, et ce que nous construisons.
I. L'intelligence artificielle appartient à tous
L’IA n’est pas un produit. Elle est une transformation civilisationnelle d’une portée comparable à l’imprimerie ou à l’électricité. À ce titre, elle ne peut être abandonnée aux seules logiques du marché. L’ICIA affirme que toute personne, toute organisation, tout territoire a le droit d’accéder aux savoirs, aux outils et aux débats qui façonnent cette transformation. La Recommandation de l’UNESCO sur l’éthique de l’IA, adoptée à l’unanimité par 193 États membres en 2021, le pose sans ambiguïté : la protection de la dignité humaine et l’équité d’accès sont les pierres angulaires de tout cadre éthique sérieux. L’accès n’est pas un privilège. C’est une condition de la démocratie.
II. La souveraineté numérique est une condition de la liberté
Déléguer la totalité de son infrastructure cognitive à des systèmes étrangers, opaques et non régulés, c’est abdiquer une partie de sa souveraineté. L’ICIA défend une approche européenne de l’IA fondée sur la transparence des données d’entraînement, la connaissance des biais, et la maîtrise des conditions de déploiement. Le Règlement européen sur l’intelligence artificielle (Règlement UE 2024/1689), premier cadre législatif complet au monde sur l’IA, pose ce principe en droit positif : la confiance ne se décrète pas, elle s’organise. Pas par nationalisme étroit, mais parce qu’un outil qu’on ne comprend pas est un outil dont on devient dépendant, et qu’une dépendance non choisie est une forme de servitude.
III. Le collectif est une méthode, pas une posture
Le mot « collectif » dans notre nom n’est pas décoratif. Il décrit une épistémologie : nous croyons que la connaissance pertinente sur l’IA ne se construit pas dans la solitude d’un bureau de recherche, ni dans la verticalité d’un cabinet de conseil. Elle se construit dans la friction productive entre disciplines, entre métiers, entre générations, entre usages. Les Principes de l’OCDE sur l’intelligence artificielle, révisés en 2024, le confirment : une IA digne de confiance requiert une gouvernance multi-parties prenantes, adaptative, et ouverte à l’ensemble des acteurs de la société. L’ICIA est un espace de confrontation intellectuelle rigoureuse et bienveillante, où l’ingénieur, le pédagogue, le juriste, l’artiste et l’entrepreneur apprennent ensemble ce qu’aucun d’eux ne pourrait apprendre seul.
IV. La pédagogie est un acte politique
Former, c’est choisir ce que les gens seront capables de faire et de refuser. Le Règlement européen sur l’IA impose, à son Article 4, une obligation d’alphabétisation à l’IA pour tous les acteurs qui développent ou déploient des systèmes. Mais une formation à l’IA qui se limite à l’usage des outils sans former au jugement critique, à l’éthique et à la compréhension des mécanismes produit des utilisateurs dociles, pas des citoyens éclairés. La Recommandation de l’UNESCO l’énonce avec force : l’éducation à l’IA doit promouvoir l’autonomie, le sens critique et les droits fondamentaux à toutes les étapes du cycle de vie des systèmes. L’ICIA considère que toute action pédagogique est une prise de position sur le monde que l’on veut construire. Nous choisissons la formation qui émancipe.
V. Le concret prime sur la spéculation
L’ICIA n’est pas un think tank. Nous n’écrivons pas des rapports qui restent des rapports. Les Perspectives de l’emploi de l’OCDE 2023 l’établissent clairement : 27 % des emplois dans les pays de l’OCDE correspondent à des professions fortement exposées au risque d’automatisation. Ce chiffre n’est pas une abstraction théorique. Il désigne des personnes réelles, dans des organisations réelles, confrontées à des décisions réelles. Notre boussole n’est pas l’état de l’art théorique, mais la question de ce qui fonctionne, pourquoi, dans quelles conditions, et pour qui. La rigueur du terrain est au moins aussi exigeante que la rigueur académique.
VI. L'artisanat intellectuel contre la production en série
Il existe une manière industrielle de déployer l’IA : répliquer les mêmes solutions dans des contextes différents sans les adapter, vendre des certifications sans construire des compétences, produire du contenu sans produire de la pensée. Kate Crawford, chercheuse à l’Université de New York, l’a documenté avec rigueur dans son ouvrage Atlas of AI : l’IA n’est pas neutre, elle est le produit de choix humains, de rapports de force et de contextes spécifiques qui en déterminent les effets réels. L’ICIA s’oppose frontalement à toute approche indifférente au contexte. Chaque intervention, chaque programme, chaque outil que nous concevons est pensé pour son terrain particulier. L’artisanat intellectuel n’est pas une lenteur : c’est une exigence de pertinence.
VII. La transparence est notre contrat avec la société
En tant qu’association loi 1901, l’ICIA n’a pas d’actionnaires à satisfaire, pas de valorisation boursière à défendre, pas d’intérêt à cacher ses conclusions pour protéger un client. Le Règlement européen sur l’IA fait de la transparence une obligation légale pour les systèmes qui interagissent avec les citoyens. L’ICIA va plus loin : nous appliquons ce principe non seulement à nos outils mais à notre organisation elle-même. Nous publions ce que nous apprenons. Nous documentons nos erreurs autant que nos réussites. Notre modèle associatif n’est pas un détail administratif. Il est la garantie structurelle de notre indépendance. La transparence n’est pas une vertu optionnelle : c’est le fondement de la confiance.
VIII. L'humain au centre n'est pas un slogan
« L’humain au centre de l’IA » est devenu l’une des formules les plus creuses du discours technologique contemporain. Les Lignes directrices éthiques pour une IA digne de confiance, publiées par le Groupe d’experts de haut niveau de la Commission européenne, en donnent une définition opérationnelle rigoureuse : sept exigences concrètes, dont la supervision humaine, la robustesse technique, et la non-discrimination. L’ICIA refuse d’en faire un argument marketing. Placer l’humain au centre signifie concrètement : concevoir des systèmes dont les effets sur les personnes sont anticipés, mesurés et assumés ; refuser les automatisations qui dégradent le travail sans créer de valeur ; reconnaître que l’IA amplifie autant les inégalités qu’elle peut les réduire. Ce n’est pas une posture humaniste. C’est un programme de travail.
IX. Les territoires ne sont pas des marchés secondaires
La transformation par l’IA ne peut pas se concentrer dans quelques pôles urbains et laisser les territoires intermédiaires sans ressources. Le baromètre publié par Maire-Info en 2025 le quantifie sans détour : 59 % des habitants de l’agglomération parisienne utilisent l’IA générative, contre 34 % dans les communes rurales, créant selon ses auteurs une « France de l’IA à plusieurs vitesses ». Le rapport du Sénat sur la cohésion numérique dans les territoires dresse le même constat sur l’exclusion numérique structurelle et appelle à en faire une priorité nationale dotée de financements pérennes. L’ICIA a une vocation territoriale explicite. Nous travaillons là où les ressources manquent, pas seulement là où elles abondent. L’inclusion géographique est une dimension à part entière de notre mission.
X. Construire sans détruire : l'IA comme choix civilisationnel
L’IA peut accélérer la concentration des richesses, fragiliser le lien social, automatiser la manipulation, étendre la surveillance. Elle peut aussi augmenter les capacités humaines, réduire des inégalités d’accès à l’expertise, libérer du temps pour ce qui a de la valeur. Ces deux trajectoires ne sont pas équiprobables. Yoshua Bengio, lauréat du prix Turing 2018 et l’une des voix scientifiques les plus rigoureuses sur ce sujet, l’a posé dans le Journal of Democracy : les conséquences de l’IA pour la démocratie et l’humanité résultent de décisions politiques, économiques et pédagogiques que des acteurs humains prennent tous les jours. L’ICIA choisit sa trajectoire. Nous construisons des usages qui renforcent les individus, les collectifs et les institutions plutôt que de les affaiblir. Ce n’est pas de l’optimisme naïf. C’est une responsabilité que nous assumons.
Note sur les sources
Chaque lien renvoie à une source primaire ou institutionnelle : textes officiels de la Commission européenne, de l'OCDE, de l'UNESCO, travaux parlementaires du Sénat français, recherches académiques publiées. Aucune source partisane, aucun blog, aucun média d'opinion.
Institut Collectif de l'Intelligence Artificielle, association loi 1901